Travailleurs forcés de l’Est en Allemagne

Travailleurs forcés de l’Est en Allemagne

Le site créé par Memorial International, http://ost-west.memo.ru traite des centaines de milliers de citoyens soviétiques, déportés aux travaux forcés en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale.

Entre 1942-1944, les nazis ont déporté entre 3 et 5 millions de personnes habitant les territoires occupées de la Russie, de l’Ukraine et de Biélorussie. Nommés en Allemagne Osterbaiter («Travailleurs de l’Est»), ils étaient affectés aux travaux les plus pénibles dans les usines et dans les mines, ainsi que, plus rarement, aux travaux agricoles. Parmi les millions de travailleurs forcés déportés des pays d’Europe vers l’Allemagne, les citoyens venus d’Union Soviétique figuraient parmi les moins privilégiés. Leurs droits et condition n’était que très légèrement meilleurs que ceux ceux de prisonniers de guerre ou des détenus des camps de la mort.

Après la libération en 1945, la majorité des Ostarbeiter rentrèrent en Union Soviétique. Dans leur patrie, ils y furent souvent considérés comme des traîtres. Il leurs était difficile de rentrer dans un établissement d’éducation. Ils portaient le stigmate de leur séjour en Allemagne. Ils taisaient le plus souvent cet épisode de leur vie, même à leurs enfants.
La situation changea dans les années 1990. L’Allemagne a alors commencé à verser des indemnités aux victimes du travail forcé. L’histoire des Ostarbeiter était ainsi, en quelque sorte, légalisée et ouvertement présentée alors qu’elle était cachée et considérée comme un passé honteux auparavant. Cinquante ans après, les civils déportés pendant la guerre étaient finalement reconnus comme des victimes du régime nazi. Pourtant, jusqu’au présent, aucun effort n’avait été fait pour rassembler les matériaux d’archives permettant de constituer la liste des déportés d’Union Soviétique vers l’Allemagne. Le présent projet «Liste des déportés» (ost-west.memo.ru) constitue une premier pas.

Le site réunit deux grands groupes de documents, le premier issu des Archives d’État de la Fédération de Russie (GARF) et le second des archives de Memorial International.

Le premier groupe est constitué des listes de déportés des années 1943-1945, conservées dans le fonds de la « Commission Extraordinaire d’État pour l’investigation des crimes des occupants germano-fascistes et leurs alliés, ainsi que les dommages commis à l’égard des citoyens, des kolkhozes, des organisations publiques, des entreprises et institutions d’État » (fonds 7021 du GARF – Archives d’État de la Fédération de Russie). À mesure que les territoires soviétiques étaient libérés, les employés de la commission constituaient de telles listes à partir de l’interrogation des témoins. On ne peut pour l’instant qu’évaluer de façon approchée le nombre de personnes inscrites sur ces listes. Il s’agit de centaines de milliers d epersonnes (selon les informations officielles, environ 2 millions de civils furent déportés du territoire soviétique). Les listes sont organisés par régions et agglomérations. Seules les listes concernant les agglomérations de la Russie sont publiées sur le site. Nous envisageons de publier ensuite les listes concernant les populations de Biélorussie et l’Ukraine . En outre, un travail de constitution d’une base de données textuelle est mené.

Le deuxième groupe de documents rassemble les informations et lettres envoyées à l’ONG Memorial par d’anciens Ostarbeiter au début des années 1990. Cet ensemble des données concerne le destin de plus de 320 000 personnes. Nous avons inclus ddans le site les seules informations pour lesquelles nous avons pu identifier le lieu de travail forcé dans l’Allemagne nazie et les territoires occupés.

Tous ces documents sont localisés. Ainsi il est possible de trouver l’information sur un parent déporté à partir de son domicile dans les années 1940 ou du lieu où il fut contraint au travail forcé en Allemagne et dans les territoires occupés.

La publication de ces documents aujourd’hui n’est que le le début d’un travail de grande ampleur. Memorial International est prêt à toute forme de coopération. Ainsi toute aide à la localisation, la numérisation et l’apport de nouvelles sources de données dans la base sera bienvenue. Il en est de même d’une aide à la transcription des matériaux déjà recueillis et au géocodage des bases de données.
Tous ceux qui souhaitent ainsi coopérer ou qui ont besoin d’assistance pour une recherche dans les archives peuvent s’adresser à docs@memo.ru

Vidéo de la présentation du projet lors de son lancement le 22/06/2020