Dernière adresse connue: un mouvement citoyen commémoratif international

Dernière adresse connue: un mouvement citoyen commémoratif international

Le projet Dernière adresse connue (en russe : Последний адрес) est une initiative citoyenne ayant pour but de perpétuer la mémoire des victimes des répressions politiques et des purges arbitraires qui ont été commises par et au nom de l’État soviétique. Il vise à installer plusieurs milliers de plaques commémoratives d’un modèle uniforme sur les façades des bâtiments qui représentent la dernière adresse connue des victimes des répressions. Le principe fondateur de ce projet est « Un nom, une vie, une plaque ».

Le projet Dernière adresse connue s’inspire du projet commémoratif européen Stolpersteine (en allemand : pierres d’achoppement ou pierre sur lesquelles on peut trébucher). Créé en Allemagne il y a une vingtaine d’années, il a essaimé dans 650 villes de 11 pays d’Europe et permis l’installation de plus de 45 000 pierres commémoratives en mémoire des victimes de la Shoah.

De la taille d’une carte postale, chaque plaque commémorative est consacrée à une seule et même personne. Prises ensemble, elles permettent de figurer dans l’espace public les milliers de nos compatriotes qui ont péri. L’initiateur de l’installation d’une plaque pour une personne concrète à une adresse précise est lui-même un citoyen concret. Le projet prévoit la création d’une base de données qui sera accessible à tous. Toute personne désirant trouver une personne ou une adresse pourra trouver l’information.

L’objectif du mémorial populaire est la commémoration des simples citoyens, victimes des purges politiques. De la taille d’une carte postale, chaque plaque commémorative est consacrée à une seule personne, à un simple citoyen.

Aujourd’hui, le projet est actif en Allemagne, Tchéquie, Roumanie, pays Baltes, Ukraine, Géorgie, Moldavie et autres pays d’ex-URSS.

La plaque de Dernière adresse connue sur l’affiche de l’opéra Un jour d’Ivan Denissovitch d’après la nouvelle d’Alexandre Soljénitsyne donné au Théâtre Bolchoï (création du décembre 2018) © Théâtre Bolchoï

Pour la recherche et la vérification des informations qui figureront sur les plaques commémoratives, les membres de l’association utilisent comme source principale de renseignements la base de données de l’association non gouvernementale Mémorial (Moscou) qui a collecté des informations archivistiques concernant environ 3,1 millions de citoyens soviétiques, victimes des répressions politiques réunis dans les Livres de mémoire (en Russie, 12 millions de personnes sont concernées).

La base de données de l’ONG Mémorial sert aussi lors de l’action Le retour des noms, organisée chaque année à Moscou en mémoire des victimes des purges : des citoyens volontaires viennent lire à haute voix leur nom près de la pierre des Solovki, sur la place Loubianka à Moscou, à l’endroit même où se trouve le siège des services de répression qui ont eu différents noms pendant la période soviétique (OGPU-NKVD-KGB) et où le FSB a toujours ses quartiers.

Le financement de l’organisation, de la fabrication et de la fixation des plaques commémoratives, sont assurés par les donations bénévoles et ciblées des citoyens, sans faire appel à aucune subvention gouvernementale.  Le montant des frais pour une plaque ne dépasse pas 4000 roubles (environ 50 euros).

La plaque du projet Dernière adresse est créée à partir d’une esquisse dessinée par un architecte russe renommé, Alexandre Brodsky. Il s’agit d’un rectangle d’acier inoxydable de 11 cm sur 19. Des renseignements succincts concernant la victime sont inscrits à la main en quelques lignes, avec des poinçons en lettres majuscules, parfois en deux langues.

Le 10 décembre 2014, la journée internationale des droits d’homme, les premières dix-huit plaques commémoratives ont été installées sur neuf bâtiments de Moscou.

Les plaques de Dernière adresse connue à Saint-Pétersbourg (23, rue Rubinstein) © Eliza Frenkel

D’après le décompte du 9 juin 2020, plus de 1015 plaques commémoratives avaient déjà été installées dans le cadre du projet La dernière adresse dans 56 villes et villages de Russie.

Pour plus d’informations :

–  Isabelle Mandraud, « Dernière adresse connue… au temps de la terreur stalinienne » , Le Monde, 16 février 2015.

Présentation du projet sur Wikipédia: Dernière adresse,

– Site russe : http://www.poslednyadres.ru/ (en russe)

L’association française Dernière adresse connue – France s’est associé au mouvement civique créé en Russie en 2014. (Contact :  derniere.adresse.connue@gmail.com)