Chroniques de la Russie qui proteste // 2 – 8 mars 2026
En Russie, depuis le début de la guerre en Ukraine, la société est profondément divisée face à l’agression des troupes russes. Alors que certains soutiennent fermement les actions du gouvernement, d’autres manifestent courageusement leur opposition à la guerre et à l’intervention militaire russe dans les affaires ukrainiennes.
Ce projet de publication a pour objectif de documenter ces protestations en publiant des chroniques hebdomadaires en utilisant les réseaux sociaux comme source principale d’information. Nous espérons offrir un aperçu de la dynamique interne de la société russe en temps de guerre, en mettant en lumière les voix et les moyens d’expression de ceux qui se dressent contre la politique étrangère de leur gouvernement.
Sabotages et déprédations
Acte de sabotage à l’usine “Kalachnikov”

Des membres du mouvement de résistance “Liberté de la Russie” ont incendié une armoire de signalisation, sur une voie ferrée menant aux entreprises de l’industrie militaire du groupe “Kalachnikov” (district fédéral de la Volga). Les dommages matériels compliqueront la gestion du trafic des trains.
Poursuites judiciaires
15 jours de détention pour la publication de commentaires


Entre 2022 et 2024, Moukharab Chebzoukhov, un habitant de la Karatchaïévo-Tcherkessie (district fédéral du Caucase du Nord) avait publié sur le réseau social Vkontakte, quatre commentaires comportant les expressions suivantes : “il détruit les jeunes”, “Poutine vous envoie à la guerre comme des porcs à l’abattoir”, “on est en train de détruire tout simplement une jeune nation”.
Moukharab a été accusé de provocation à la haine et a été condamné à 15 jours d’emprisonnement.
Quinze ans de colonie pour tentative d’empoisonnement d’aide humanitaire
Selon l’accusation, un habitant de Saint-Pétersbourg, Artiem Cherbakov, sur instruction du Corps des volontaires russes, avait tenté d’empoisonner de l’aide humanitaire destinée à la brigade “Espaniola”. Artiem avait également été inculpé de participation aux activités d’une organisation terroriste, de tentative d’attentat terroriste, d’assistance à des activités terroristes et de haute trahison.
Le 5 mars, Artiem a été condamné à 15 ans de privation de liberté.
Justification de l’explosion sur le pont de Crimée ? Prison !
D’après l’enquête, un habitant de Bogdanovitch (district fédéral de l’Oural) avait posté un commentaire sur un réseau social justifiant l’explosion survenue sur le pont de Crimée en automne 2022.
L’homme a été arrêté et inculpé de “justification du terrorisme”. Il a été placé dans un centre de détention.
Virement à la brigade Azov ? Haute trahison !
En automne 2024, un Russe de 48 ans, originaire de Kouban (district fédéral du Sud), avait transféré de l’argent à un militaire de la brigade ukrainienne Azov. Cette action a été considérée par l’enquête et le tribunal comme un soutien matériel aux Forces armées ukrainiennes. L’homme a été reconnu coupable de haute trahison, condamné à 14 ans de prison et 200 000 roubles d’amende (soit 7,3 fois le salaire minimal).
Sept ans de colonie pénitentiaire pour un “Gloire à l’Ukraine”
En 2024, Egor Guéraïmovitch, un habitant de 31 ans de la ville de Khabarovsk (district fédéral extrême-oriental), avait laissé des commentaires sur des pages publiques ukrainiennes, dans lesquelles il appelait à “tout brûler au napalm” et écrivait “Gloire à l’Ukraine”. Il a été condamné à 7 ans de colonie pénitentiaire pour justification du terrorisme et fausses informations militaires.
Une jeune mère célibataire condamnée à 14 ans de colonie pour des discussions sur la guerre avec un provocateur

Polina Evtouchenko, une habitante de Togliatti (district fédéral de la Volga), avait fait connaissance sur les réseaux sociaux avec Nikolaï Komarov, de Samara. Ils avaient échangé sur la guerre en Ukraine, la mobilisation et les autorités russes. Nikolaï avait enregistré toutes les conversations et les avaient transmises au FSB.
Polina avait également été incriminée de publications sur les réseaux sociaux de photos de billets accompagnés de commentaires : “Nos impôts financent la guerre”, “Poutine est un fasciste”, “Paix à l’Ukraine” et “Z = svastika”.
Polina avait été arrêtée à l’été 2023 devant la crèche où elle avait déposé sa fille de 5 ans. Elle avait été accusée de préparation à lhaute trahison, d’appels publics au terrorisme et de diffusion de fakes sur l’armée. La jeune femme âgée de 27 ans a été condamnée à 14 ans de colonie pénitentiaire.
“Poutine est mauvais !”
En décembre 2025, pendant la nuit, une habitante de Novossibirsk avait crié au centre- ville “Vive l’Ukraine ! L’armée russe est nulle ! Poutine est mauvais !”.
Elle a été condamnée à une amende de 15 000 roubles (soit 0,5 fois le salaire minimal)pour avoir discréditée l’armée.
Tu veux combattre contre la Russie ? Quinze ans de coloni pénitentiare

En été 2024, Alekseï Kirilenko, de Kaliningrad (district fédéral du Nord-Ouest), avait tenté de gagner l’Ukraine en passant par la Pologne pour combattre contre la Russie. Avant son arrestation, il avait échangé avec un représentant d’une organisation reconnue en Russie comme terroriste, et avait rempli un formulaire pour y adhérer.
Alekseï a été accusé de tentative de haute trahison, participation aux activités d’une organisation terroriste et condamné à 15 ans de colonie pénitentiaire.
“Ne va pas te battre en Ukraine, tu mourras bêtement et sans raison pour quatre sous”
Aleksandr Serediuk, précédemment condamné à 3 ans de colonie pénitentiaire pour vol à grande échelle, avait essayé, alors qu’il purgeait sa peine, de convaincre d’autres détenus de ne pas aller se battre en Ukraine. Il disait qu’ils allaient “mourir bêtement et sans raison pour quatre sous, ou bien qu’ils reviendraient handicapés, inutiles à quiconque, et que personne ne les considérerait comme des héros”. Aleksandr avait également planté des aiguilles dans un drapeau russe qu’il possédait, en disant que “au moins par de tels gestes il voulait aider le régime ukrainien”.
Aleksandr Serediuk a été accusé de la réhabilitation du nazisme. Sa peine a été rallongée de 10 mois de privation de liberté.
Le projet Chroniques de la Russie qui proteste est réalisé quasiment exclusivement par des bénévoles.
Ont en particulier participé à l’élaboration de la version française l’équipe de bénévoles de Mémorial France ainsi que des des étudiants en russe des universités de Strasbourg, Toulouse, Paris, Besançon, Grenoble, etc…
© Memorial / © Memorial France pour la version française.




