Chronique de la Russie qui proteste // 13 – 19 avril 2026
En Russie, depuis le début de la guerre en Ukraine, la société est profondément divisée face à l’agression des troupes russes. Alors que certains soutiennent fermement les actions du gouvernement, d’autres manifestent courageusement leur opposition à la guerre et à l’intervention militaire russe dans les affaires ukrainiennes.
Ce projet de publication a pour objectif de documenter ces protestations en publiant des chroniques hebdomadaires en utilisant les réseaux sociaux comme source principale d’information. Nous espérons offrir un aperçu de la dynamique interne de la société russe en temps de guerre, en mettant en lumière les voix et les moyens d’expression de ceux qui se dressent contre la politique étrangère de leur gouvernement.
Sabotages
En Russie, depuis le début de la guerre en Ukraine, la société est profondément divisée face à l’agression des troupes russes. Alors que certains soutiennent fermement les actions du gouvernement, d’autres manifestent courageusement leur opposition à la guerre et à l’intervention militaire russe dans les affaires ukrainiennes.
Une entreprise Rosatom privée de ses moyens de reconnaissance

Le mouvement de résistance Liberté de la Russie a annoncé la destruction des équipements de communication et de surveillance de « V/O Isotop” » qui fait partie du complexe nucléaire de la Fédération de Russie Rosatom. Cette entreprise située près de Moscou fabrique et livre des isotopes, et participe activement au programme nucléaire de « défense ».
À Toula, une armoire de relais de l’unité militaire n° 5580 incendiée

À Toula (District fédéral central), les militants du mouvement de résistance Liberté de la Russie ont détruit une armoire de relais, desservant l’embranchement ferroviaire de l’unité militaire n° 5580. L’unité militaire n° 5580 est un corps de la Garde nationale russe (Rosgvardia) chargée de la protection des frets spéciaux et du matériel des infrastructures militaires, y compris les trains transportant des cargaisons à usage militaire.
L’état-major du District militaire central sans coordination logistique pour la 90e division blindée de la Garde

Les agents du mouvement de résistance ATESH ont détruit une armoire de télécommunication d’une tour de communication clé dans le village de Gorny Chtchit dans la région de Sverdlovsk (District fédéral de l’Oural). Le système d’échange d’informations de l’état-major du District central militaire pour la 90e division blindée de la Garde a été paralysé. Les calendriers de chargement des trains militaires et l’envoi des compagnies de marche vers le front ukrainien ont été gravement perturbés.
Le polygone d’essais de la Volga privé de communication

Une nouvelle opération de sabotage conduite par des combattants du mouvement de résistance Liberté de la Russie s’est couronnée d’un succès ; elle a détruit les équipements de la tour de communication responsable de la surveillance et du contrôle du périmètre du polygone d’essais de la Volga, à Tchapaïevsk (District fédéral de la Volga). Cet établissement est une entreprise de défense qui s’occupe à la fois des essais et du stockage des munitions. Le site est désormais vulnérable aux attaques de drones et aux attaques de sabotage au sol.
Poursuites judiciaires
Treize ans de réclusion pour avoir photographié le poste de contrôle d’une unité militaire

Vadim Nekrachtchiuk, un programmeur originaire d’Irkoutsk (District fédéral sibérien) avait photographié et transmis des photos et les coordonnées du poste de contrôle d’une unité militaire à un présumé agent des services de renseignement ukrainiens. En mars 2025, Vadim avait été arrêté et détenu pendant plus de 3 mois dans un appartement secret du FSB. Pendant ce temps, 150.000 roubles d’actifs présents dans le portefeuille cryptographique du programmeur avaient été volés.
Le 15 avril, Vadim a été condamné à 13 ans de privation de liberté et à une amende de 280.000 roubles (soit 9,9 fois le salaire minimal) pour « haute trahison ».
Une journaliste et productrice de chaînes télévisées russes poursuivie en justice pour des commentaires sur les réseaux sociaux concernant la guerre

Après l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, la journaliste moscovite et productrice de chaînes de télévision, Kapitolina Averina, avait commencé à publier sur les réseaux sociaux des commentaires anti-guerre. Le 5 février 2026, elle a été arrêtée à Ivangorod (District fédéral du Nord-Ouest) et envoyée au centre de détention n° 1 de la région de Kalouga (District fédéral central). En raison de ses commentaires comportant les mots « bombarder Moscou » et « russnia », Kapitolina a été inculpée « d’incitation au terrorisme ».
Elle risque une peine d’emprisonnement de 5 à 7 ans, car depuis le 24 février 2022, aucune amende n’est prononcée en vertu de cet article.
L’incendie criminel d’un bureau de recrutement militaire n’a pas eu lieu : les « révolutionnaires » menacés de 9 à 11 ans de colonie à régime sévère

Dans la nuit du 2 au 3 février 2023, Ivan Blagodatskikh, Iliya Koudinov et Akhmed Ramaldanov avaient l’intention de lancer des cocktails Molotov sur les bureaux de recrutement militaire des arrondissements Sovetski et Jeleznodorojni de Rostov-sur-le-Don (District fédéral du Sud). L’action n’a pas eu lieu : les jeunes gens ont été arrêtés par des membres du FSB. Tous les trois ont été inculpés de tentative d’attentat terroriste en groupe ; Koudinov et Blagodatskikh ont également été inculpés de recrutement en vue d’un attentat terroriste.
L’instruction insiste sur le fait que Koudinov et Ramaldanov sont d’anciens militants du Parti révolutionnaire des travailleurs et que l’objectif de l’action était de « mettre fin à l’opération militaire spéciale sur le territoire de l’Ukraine et à la mobilisation partielle sur le territoire de la Russie ».
Une informatrice du FSB, sous le pseudonyme de « Ivanova », figure dans le dossier : elle était au courant du projet d’incendie du bureau de recrutement militaire et a été arrêtée en même temps que les suspects. Dans son sac à dos, on a découvert 4 bouteilles de liquide inflammable, des pétards, un drapeau des États-Unis et les passeports des participants à l’action.
Le parquet a requis des peines allant de 9 à 11 ans d’emprisonnement, dont les 3 premiers en prison, puis en colonie pénitentiaire à régime sévère.
Commentaire des agissements des membres de la Légion Liberté de la Russie et du Corps des volontaires russes : 6 ans de colonie pénitentiaire
En 2023, Vitali Grigoriev avait publié sur sa page VKontakte trois vidéos provenant des chaînes YouTube de la Légion Liberté de la Russie, de Mark Feigin, et de la chaîne d’information ukrainienne Kanal 24, accompagnées de ses commentaires. En voici sur les frappes dans la région de Belgorod : « Pendant ce temps, des événements intéressants se poursuivent en Russie, dans la région de Belgorod. Le gouvernement de Vladimir Poutine estime que les membres de la Légion Liberté de la Russie et du Corps des volontaires russes sont des terroristes, et que la Légion et le Corps sont des organisations terroristes. Ils risquent des peines allant de 20 ans de réclusion à la perpétuité. Mais ils continuent tout de même à faire ce qu’ils estiment devoir faire. Fais ce que tu dois faire et qu’il arrive ce qui arrivera ! »
Le 13 novembre 2025, Vitaliy a été arrêté et accusé « d’apologie du terrorisme ». Le 14 avril, le verdict a été rendu : 6 ans de colonie pénitentiaire.
L’Ukraine avant et après le monde russe
Ekaterina Everstova, originaire de la République de Sakha (Iakoutie, District fédéral d’Extrême-Orient) avait publié sur son compte Instagram une vidéo d’une durée de 38 secondes, intitulée « L’Ukraine avant et après le monde russe ». Elle montrait des infrastructures civiles détruites, à savoir des maisons à Kiev et une école à Kharkiv. Ekaterina a été accusée de diffusion de « fakes militaires » motivées par la haine politique. Les enquêteurs ont mis en évidence ce motif dans d’autres publications d’Everstova qui présentaient des photos de Navalny, Zelenski, ainsi que des inscriptions en ukrainien.
Le 18 avril, le verdict du tribunal d’arrondissement de Namtsy a été rendu public : 6 ans de privation de liberté avec sursis, assortis d’une période probatoire de 2 ans, et une interdiction de diffuser des informations sur internet pendant 3 ans.
Un Moscovite critiquant « l’opération militaire » condamné à une amende
Un habitant de Moscou, V.S (le nom complet est masqué dans la décision du tribunal), avait prononcé dans la rue la phrase suivante : « Quand toute cette *** sera terminée, il y aura une autre discussion avec tout cet État de *** ». Le tribunal a estimé que le Moscovite avait « discrédité » l’armée et lui a infligé une amende.
Des autocollants dans un train de banlieue ont « discrédité » Poutine

Le 11 février 2026, le Moscovite R. (son nom n’a pas été divulgué), avait collé dans un train de banlieue une affiche « discréditant le chef suprême des forces armées de la Fédération de Russie », c’est-à-dire Poutine. Au total, 5 procès-verbaux ont été dressés à l’encontre du militant pour « discrédit » à l’encontre de l’armée. Il a été reconnu coupable et s’est vu infliger une amende dont le montant est inconnu. L’homme ne s’est pas présenté au tribunal.
Les publications concernant des frappes de missiles sur une maison à Dnipro et l’hôpital Okhamatdet à Kiev qualifiés de « fakes militaires »
Iaroslav Bykov, un Moscovite, avait publié sur Instagram deux messages concernant des bombardements par l’armée russe d’infrastructures civiles inoffensives : une frappe de missile des forces armées russes sur un immeuble de plusieurs étages à Dnipro en janvier 2023 et un bombardement de l’hôpital pédiatrique « Okhmatdet » à Kiev en juillet 2024. Il a été inculpé de diffusion de « fakes militaires » motivées par la haine politique. Iaroslav est en détention provisoire depuis le 19 décembre 2025.
Iaroslav Bykov est né à Kharkiv. Il a déménagé en Russie en 1992 avec sa mère et sa grand-mère. En octobre 2025, il a été arrêté pour 14 jours pour avoir publié un message souhaitant la victoire de l’Ukraine ; deux autres arrestations ont suivi la première : pour avoir publié un message avec un drapeau « bleu-blanc-bleu » et pour « hooliganisme mineur » sur le territoire du centre de détention provisoire « Sakharovo ».
Amende pour avoir crié « Vive l’Ukraine »
Un habitant de la région de Stavropol (district fédéral du Caucase du Nord), en sortant de l’église Saint-Georges-le-Victorieux, avait crié « Vive l’Ukraine ! ». Au tribunal, il a expliqué qu’il s’agissait d’une blague, mais le tribunal de ville de Gueorguiesvk n’a pas apprécié la plaisanterie et lui a infligé une amende de 50 000 roubles (soit 1,8 fois le salaire minimal) pour « discrédit » à, l’encontre de l’armée russe.
En Russie, depuis le début de la guerre en Ukraine, la société est profondément divisée face à l’agression des troupes russes. Alors que certains soutiennent fermement les actions du gouvernement, d’autres manifestent courageusement leur opposition à la guerre et à l’intervention militaire russe dans les affaires ukrainiennes.
Le projet Chroniques de la Russie qui proteste est réalisé quasiment exclusivement par des bénévoles.
Ont en particulier participé à l’élaboration de la version française l’équipe de bénévoles de Mémorial France ainsi que des des étudiants en russe des universités de Strasbourg, Toulouse, Paris, Besançon, Grenoble, etc…
© Memorial / © Memorial France pour la version française.



